Fibermaxxing : excellente habitude ou nouvelle obsession alimentaire?
Après les protéines ajoutées dans le café, les céréales, les croustilles et presque tout ce qui pouvait porter une étiquette « santé », un autre nutriment est en train de voler la vedette sur les réseaux sociaux : les fibres.
La nouvelle tendance porte même un nom : le fibermaxxing.
Son principe semble plutôt simple — et franchement plus intéressant que plusieurs autres tendances nutritionnelles : chercher à manger davantage de fibres en ajoutant des légumineuses, des fruits, des légumes, des grains entiers, des graines ou des suppléments à son alimentation.
Sur TikTok et Instagram, on voit maintenant apparaître des salades de légumineuses géantes, des poudings de chia très chargés, des boissons enrichies, des gommes de fibres et des défis visant parfois 40, 50 ou même 60 grammes de fibres par jour.
Pour une fois, les réseaux sociaux semblent promouvoir un nutriment dont la majorité des gens ne consomme effectivement pas assez. Le fibermaxxing a d’ailleurs été présenté comme l’une des grandes tendances nutritionnelles de 2026.
Alors, faut-il se réjouir de voir les fibres devenir populaires?
Oui… mais pas nécessairement de l’idée qu’il faudrait les “maximiser”.
Car il existe une différence importante entre améliorer progressivement la qualité de son alimentation et transformer chaque repas en course aux grammes de fibres.
Les fibres peuvent soutenir la santé digestive, cardiovasculaire et métabolique. Mais en ajouter toujours plus ne garantit pas toujours davantage de bienfaits. Chez certaines personnes, une augmentation rapide ou mal adaptée peut même provoquer ballonnements, gaz, douleurs abdominales, diarrhée ou aggravation de certains symptômes digestifs.
Comme c’est souvent le cas en nutrition, le meilleur objectif n’est probablement pas d’en manger le plus possible.
Il est plutôt d’en manger suffisamment, régulièrement et sous des formes que votre corps tolère bien.
Tout d’abord, qu’est-ce qu’une fibre alimentaire?
Les fibres sont des glucides qui ne sont pas complètement digérés et absorbés dans l’intestin grêle.
Elles se trouvent principalement dans les aliments d’origine végétale, notamment :
les légumes;
les fruits;
les légumineuses;
les grains entiers;
les noix;
les graines;
et certains produits enrichis.
Elles poursuivent ensuite leur chemin vers le gros intestin, où certaines retiennent de l’eau, augmentent le volume des selles ou sont fermentées par les microorganismes intestinaux.
Mais « les fibres » ne constituent pas une substance unique.
Il existe plusieurs types de fibres, dont les propriétés et les effets peuvent être très différents. Certains aliments contiennent surtout des fibres insolubles, d’autres des fibres solubles, visqueuses ou fortement fermentescibles. La majorité des végétaux en contiennent en réalité un mélange.
Cela explique pourquoi une portion de son de blé, une pomme, des lentilles et un supplément de psyllium ne produisent pas nécessairement les mêmes effets sur la digestion, la glycémie ou le cholestérol.
Solubles, insolubles, fermentescibles : quelle est la différence?
Les catégories ne sont pas parfaitement séparées, mais elles peuvent nous aider à comprendre pourquoi toutes les fibres ne se comportent pas de la même manière.
Les fibres insolubles
Elles se dissolvent peu dans l’eau et peuvent contribuer à augmenter le volume des selles et à soutenir le transit intestinal.
On les trouve notamment dans :
le son de blé;
plusieurs grains entiers;
les pelures de certains fruits et légumes;
les noix;
et les graines.
Elles peuvent être utiles pour certaines personnes constipées, mais une grande quantité de son ou de fibres très grossières peut augmenter l’inconfort chez d’autres, particulièrement en présence d’un intestin irritable.
Les fibres solubles et visqueuses
Elles peuvent former une sorte de gel au contact de l’eau. Cette viscosité peut ralentir l’absorption de certains nutriments et contribuer à diminuer modestement la glycémie après les repas ou le cholestérol LDL.
Le psyllium et le bêta-glucane de l’avoine sont deux exemples bien étudiés. Une méta-analyse de 28 essais contrôlés a montré qu’une supplémentation en psyllium d’environ 10 grammes par jour réduisait significativement le cholestérol LDL, le cholestérol non-HDL et l’apolipoprotéine B.
Les fibres fermentescibles et prébiotiques
Certaines fibres sont utilisées par les microorganismes vivant dans le côlon. Leur fermentation produit différents métabolites, dont des acides gras à chaîne courte.
On trouve notamment des fibres fermentescibles dans :
l’ail;
l’oignon;
les poireaux;
les légumineuses;
l’avoine;
certains fruits;
et plusieurs aliments contenant de l’inuline, des fructanes ou de l’amidon résistant.
Des essais contrôlés indiquent que certaines fibres, comme les fructanes et les galacto-oligosaccharides, peuvent augmenter l’abondance de certaines bactéries telles que les bifidobactéries. En revanche, les recherches n’observent pas nécessairement une augmentation générale de la diversité du microbiote avec tous les suppléments de fibres.
Autrement dit, le message « les fibres nourrissent le microbiote » est globalement juste, mais il est beaucoup plus complexe que :
Plus de grammes = automatiquement un meilleur microbiote.
Pourquoi les fibres méritent-elles réellement plus d’attention?
Contrairement à plusieurs tendances alimentaires, l’intérêt envers les fibres repose sur une base scientifique assez solide.
Une importante série de revues systématiques et de méta-analyses publiée dans The Lancet a regroupé 185 études prospectives représentant près de 135 millions d’années-personnes, ainsi que 58 essais cliniques.
Lorsque les personnes ayant les apports les plus élevés en fibres étaient comparées à celles ayant les apports les plus faibles, les chercheurs observaient une diminution de 15 à 30 % du risque de mortalité toutes causes, de maladies cardiovasculaires, d’accidents vasculaires cérébraux, de diabète de type 2 et de cancer colorectal. Les essais cliniques montraient également de petites améliorations du poids, de la pression artérielle et du cholestérol.
Ces résultats ne signifient pas qu’un bol de lentilles immunise contre les maladies chroniques.
Une partie des données provient d’études observationnelles, qui ne peuvent pas prouver à elles seules qu’un nutriment est directement responsable de tous les bienfaits observés. Les personnes consommant davantage de fibres peuvent aussi avoir d’autres habitudes favorables à leur santé.
Cependant, la cohérence entre les études prospectives, les relations dose-réponse et les essais cliniques soutient fortement les recommandations encourageant une alimentation riche en végétaux et en grains entiers.
Les fibres peuvent soutenir la régularité intestinale
Les fibres peuvent augmenter le volume ou la teneur en eau des selles et contribuer à améliorer leur fréquence et leur consistance.
Une méta-analyse de 16 essais contrôlés regroupant 1 251 adultes vivant avec de la constipation chronique a montré qu’environ 66 % des participants recevant un supplément de fibres répondaient au traitement, comparativement à 41 % dans les groupes témoins.
Les résultats étaient particulièrement intéressants pour le psyllium et la pectine. La supplémentation augmentait toutefois aussi les flatulences.
Cette dernière précision est importante : une intervention peut améliorer la constipation tout en entraînant temporairement plus de gaz chez certaines personnes.
Elles peuvent contribuer à la santé cardiovasculaire
Certaines fibres visqueuses peuvent participer à la diminution du cholestérol LDL. Les aliments riches en fibres contribuent également à des habitudes alimentaires comprenant généralement davantage de légumineuses, de grains entiers, de fruits, de légumes, de noix et de graines.
Une méta-analyse actualisée de 64 études prospectives totalisant plus de 3,5 millions de participants associait une consommation plus élevée de fibres à une diminution de la mortalité toutes causes, cardiovasculaire et liée au cancer. Comme il s’agit principalement de données observationnelles, ces associations doivent être interprétées avec nuance, mais elles renforcent l’ensemble des données favorables aux fibres.
Elles peuvent soutenir la gestion de la glycémie
Les fibres visqueuses peuvent ralentir la digestion et l’absorption des glucides, ce qui peut atténuer la hausse de la glycémie après certains repas.
Chez des personnes vivant avec un diabète de type 2, des méta-analyses d’essais contrôlés ont observé des améliorations modestes de la glycémie à jeun et de l’hémoglobine glyquée lorsque l’apport en fibres était augmenté.
Cela ne signifie pas que l’ajout d’une cuillère de fibres annule automatiquement les effets du reste du repas. Le type de fibres, la quantité, l’aliment dans lequel elles se trouvent et la composition globale du repas demeurent importants.
Elles sont associées à un risque plus faible de cancer colorectal
Les études prospectives et leurs méta-analyses observent généralement une association inverse entre la consommation de fibres — particulièrement les fibres provenant des céréales et grains entiers — et le risque de cancer colorectal.
Une méta-analyse dose-réponse a notamment observé une réduction du risque d’environ 10 % pour chaque augmentation de 10 grammes de fibres par jour.
Il s’agit encore une fois d’une association populationnelle, et non d’une garantie individuelle. Mais elle contribue aux recommandations de santé publique encourageant une alimentation plus riche en grains entiers et en aliments végétaux.
Combien de fibres faut-il réellement manger?
L’Organisation mondiale de la Santé recommande aux adultes de consommer au moins 25 grammes de fibres naturellement présentes dans les aliments par jour.
Au Canada, les apports suffisants couramment utilisés pour les adultes de 19 à 50 ans sont d’environ :
25 grammes par jour chez les femmes;
38 grammes par jour chez les hommes.
Ces valeurs correspondent approximativement à 14 grammes de fibres par tranche de 1 000 calories consommées. Les références diminuent légèrement après 50 ans, en fonction des besoins énergétiques moyens utilisés pour les calculer.
Ces nombres sont des repères populationnels. Ils ne constituent pas une prescription universelle à atteindre parfaitement chaque jour.
Une personne consommant habituellement 10 ou 12 grammes de fibres retirera probablement des bienfaits importants en augmentant progressivement son apport vers 20, puis 25 grammes.
Elle n’a pas nécessairement besoin de passer directement à 40 ou 50 grammes simplement parce qu’une influenceuse montre une salade contenant trois sortes de légumineuses, du quinoa, du chou cru, des graines de chia et une vinaigrette enrichie en inuline.
Santé Canada estime d’ailleurs que la majorité des Canadiens consomment environ la moitié des quantités recommandées. Le vrai enjeu collectif est donc généralement de manger un peu plus de fibres régulièrement, et non de battre un record.
Alors, pourquoi parler de « maximisation » peut-il devenir problématique?
Le mot maxxing envoie un message très particulier : si un peu est bénéfique, beaucoup devrait être encore meilleur.
Or, le corps ne fonctionne pas toujours ainsi.
Les bienfaits les plus clairement documentés concernent surtout le passage d’une alimentation pauvre en fibres à une alimentation qui en fournit suffisamment.
Au-delà, l’effet dépend notamment :
du type de fibres;
de la tolérance digestive;
de l’hydratation;
des habitudes précédentes;
de la présence d’une maladie digestive;
du reste de l’alimentation;
et de la manière dont les fibres ont été augmentées.
Il n’existe pas de trophée intestinal remis à la personne ayant mangé le plus de graines de chia avant midi.
Et un apport très élevé obtenu grâce à plusieurs poudres, barres, boissons et suppléments ne reproduit pas nécessairement les avantages d’une alimentation variée contenant des fruits, légumes, légumineuses, grains entiers, noix et graines.
Pourquoi une augmentation rapide peut-elle provoquer autant de ballonnements?
Les fibres fermentescibles servent de substrat aux microorganismes intestinaux. Cette fermentation peut produire des gaz.
Cela est normal et ne signifie pas automatiquement que l’aliment est mauvais ou que l’intestin est « enflammé ».
Cependant, lorsqu’une personne double soudainement son apport, son système digestif peut ne pas être habitué à cette quantité de substrats fermentescibles.
Elle peut alors remarquer :
davantage de gaz;
des ballonnements;
une sensation de distension;
des crampes;
des selles plus urgentes;
de la diarrhée;
ou, paradoxalement, une aggravation de la constipation.
Une revue portant sur la tolérance digestive des glucides non digestibles montre que les symptômes dépendent fortement du type de fibres, de la dose et de la sensibilité individuelle. L’inuline, les fructo-oligosaccharides, les galacto-oligosaccharides et certains autres ingrédients ajoutés peuvent notamment provoquer des gaz ou des ballonnements à des doses que certaines personnes tolèrent bien et que d’autres tolèrent beaucoup moins.
Une étude contrôlée sur l’ajout quotidien de fibres a également observé de légers symptômes digestifs au début de l’intervention, qui diminuaient après une courte période d’adaptation chez plusieurs participants.
La solution n’est donc pas nécessairement de conclure que vous « ne tolérez aucune fibre ».
Il peut être plus utile de ralentir, d’observer le type d’aliment ajouté et d’augmenter progressivement.
Faut-il absolument boire énormément d’eau avec les fibres?
Les fibres et les liquides travaillent souvent ensemble pour soutenir la consistance et le passage des selles.
Une hydratation suffisante est donc pertinente, particulièrement lorsqu’on ajoute des fibres qui absorbent beaucoup d’eau, comme le psyllium.
Mais cela ne signifie pas qu’il faut forcer plusieurs litres d’eau au-delà de sa soif ou croire qu’une bouteille supplémentaire réglera toutes les formes de constipation.
La World Gastroenterology Organisation recommande une augmentation progressive des fibres vers environ 20 à 30 grammes par jour, accompagnée d’un apport adéquat en liquides. Elle souligne aussi que certaines fibres très fermentescibles peuvent accentuer les gaz, les ballonnements et l’inconfort chez les personnes vivant avec un syndrome de l’intestin irritable.
L’objectif peut simplement être de boire régulièrement au cours de la journée et d’observer la couleur de l’urine, la soif, l’activité physique et les conditions ambiantes plutôt que de suivre une quantité arbitraire trouvée sur les réseaux sociaux.
Les besoins devraient être personnalisés en présence de certaines conditions rénales, cardiaques ou médicales.
Plus de fibres ne règle pas toutes les formes de constipation
Il est tentant de penser qu’une personne constipée manque nécessairement de fibres.
C’est parfois vrai. Mais la constipation peut aussi être influencée par :
certains médicaments;
une hydratation insuffisante;
un apport alimentaire globalement trop faible;
un changement de routine;
le stress;
une faible activité physique;
des troubles de la motricité intestinale;
une difficulté de coordination du plancher pelvien;
ou différentes conditions médicales.
Ajouter toujours plus de son à une personne déjà ballonnée et inconfortable ne règle donc pas nécessairement le problème.
Les revues cliniques soulignent que les résultats concernant les fibres varient selon le sous-type de constipation et que certaines situations nécessitent une évaluation plus complète.
Une constipation persistante, nouvelle ou accompagnée de douleur importante, de sang dans les selles, de vomissements ou d’une perte de poids inexpliquée devrait être évaluée par un professionnel de la santé.
Et en présence d’un syndrome de l’intestin irritable?
Les conseils « mangez simplement plus de fibres » peuvent être particulièrement frustrants pour les personnes qui ont déjà mal au ventre.
Dans le syndrome de l’intestin irritable, toutes les fibres ne produisent pas les mêmes résultats.
Les méta-analyses d’essais contrôlés suggèrent généralement que les fibres solubles, comme le psyllium, peuvent améliorer les symptômes globaux chez certaines personnes. Les fibres insolubles très grossières, comme le son de blé, semblent moins utiles et peuvent parfois accentuer les symptômes.
Cela ne signifie pas qu’il faut supprimer tous les aliments contenant des fibres ou suivre seul une alimentation très restrictive.
Il peut plutôt être nécessaire d’adapter :
les types de fibres;
les portions;
la vitesse d’augmentation;
la cuisson des aliments;
la répartition dans la journée;
et la quantité de glucides fermentescibles consommés au même repas.
Une stratégie adaptée avec une nutritionniste permet d’éviter que la gestion des symptômes se transforme en longue liste d’aliments interdits.
Le fibermaxxing aide-t-il automatiquement à perdre du poids?
Les fibres peuvent rendre certains repas plus rassasiants et aider certaines personnes à se sentir satisfaites plus longtemps.
Mais leur effet sur l’appétit n’est ni automatique ni identique d’un type de fibres à l’autre.
Une revue systématique portant sur 107 interventions a observé que seulement 39 % des traitements de fibres réduisaient significativement l’appétit subjectif et que 22 % réduisaient l’apport alimentaire. La majorité des interventions à court terme n’avait donc pas d’effet notable sur la faim ou les quantités mangées.
Cela ne veut pas dire que les fibres sont inutiles pour le rassasiement.
Une pomme entière, un bol d’avoine ou des lentilles peuvent certainement rendre un repas plus soutenant. Mais l’effet dépend aussi :
du volume du repas;
des protéines;
des matières grasses;
des glucides;
du niveau de faim initial;
du plaisir;
et de l’apport énergétique total.
Ajouter une poudre de fibres à une boisson ne créera pas nécessairement la même satisfaction qu’un véritable repas.
Et utiliser les fibres uniquement pour essayer de « remplir l’estomac avec le moins de calories possible » peut rapidement nous ramener dans une logique restrictive.
Une boisson ou une gomme enrichie est-elle aussi intéressante qu’un aliment végétal?
Pas nécessairement, mais cela dépend du produit et du type de fibres.
Santé Canada reconnaît plusieurs fibres ajoutées ou fonctionnelles lorsqu’au moins un effet physiologique est appuyé par des données scientifiques, par exemple une amélioration de la régularité, une réduction du cholestérol ou une diminution de la glycémie après les repas.
Une fibre ajoutée n’est donc pas automatiquement inutile.
Le psyllium, par exemple, possède des effets démontrés sur la constipation et le cholestérol. Il peut être très pertinent dans certaines situations.
Cependant, une gomme fournissant cinq grammes de fibres ne contient pas nécessairement tous les autres éléments présents dans une portion de framboises, de lentilles ou de grains entiers :
vitamines;
minéraux;
eau;
protéines végétales;
matières grasses;
polyphénols;
texture;
volume;
et diversité de fibres.
L’ajout de fibres à un produit ne permet pas non plus de conclure que ce produit convient mieux à tout le monde.
Certaines barres ou boissons utilisent de l’inuline, de la racine de chicorée ou d’autres fibres très fermentescibles. Elles peuvent être bien tolérées chez une personne et provoquer beaucoup de gaz ou de douleurs chez une autre.
La mention « riche en fibres » constitue donc une information, pas un verdict automatique sur la qualité ou la tolérance d’un aliment.
Les sportifs doivent-ils manger le plus de fibres possible?
Les fibres sont importantes pour la santé des personnes actives comme pour celle du reste de la population.
Mais leur moment de consommation peut demander une certaine adaptation.
Un énorme repas très riche en fibres juste avant une course, un match ou une séance intense peut augmenter la lourdeur, les gaz ou l’urgence intestinale chez certains sportifs.
Les revues sur les symptômes gastro-intestinaux liés à l’exercice indiquent que les repas riches en fibres, en gras ou en protéines consommés près d’un effort peuvent contribuer à l’inconfort chez certaines personnes, particulièrement dans les sports d’endurance.
Cela ne signifie pas qu’un athlète doit suivre une alimentation pauvre en fibres au quotidien.
Il peut plutôt consommer ses principales sources de fibres à d’autres moments et choisir des glucides plus faciles à digérer dans les heures précédant un entraînement ou une compétition, selon sa tolérance.
L’alimentation sportive efficace ne repose pas uniquement sur ce qui est « le plus nutritif » sur papier. Elle doit aussi être digeste, pratique et compatible avec la performance.
Quand une bonne habitude devient-elle une nouvelle obsession?
Suivre occasionnellement son apport en fibres ne signifie pas qu’on souffre d’un trouble alimentaire.
Un objectif chiffré peut être un outil éducatif utile, surtout lorsqu’une personne découvre qu’elle mange très peu de végétaux ou de grains entiers.
Le problème apparaît lorsque le chiffre prend progressivement plus de place que les besoins, la tolérance et la qualité de vie.
Quelques signes méritent une attention particulière :
vous ressentez de la culpabilité lorsque vous n’atteignez pas votre cible;
vous ajoutez des fibres malgré des douleurs ou un inconfort important;
vous évitez les repas préparés par d’autres parce que vous ne pouvez pas calculer leur contenu;
vous refusez des aliments que vous aimez parce qu’ils contiennent peu de fibres;
vous mangez au-delà de votre satiété pour atteindre un nombre;
vous multipliez les suppléments sans besoin précis;
vous comparez constamment votre apport à celui des autres;
ou l’idée de « bien manger » devient une source importante d’anxiété.
L’orthorexie décrit une préoccupation problématique envers une alimentation considérée comme pure ou parfaitement saine, pouvant entraîner de la rigidité et nuire au bien-être ou au fonctionnement quotidien. Elle n’est actuellement pas reconnue comme un diagnostic distinct dans les principaux systèmes psychiatriques, et les outils de mesure demeurent imparfaits. Les revues scientifiques observent néanmoins des liens importants entre les comportements orthorexiques et différents symptômes de troubles alimentaires.
Il n’est pas nécessaire d’attendre qu’une situation devienne extrême avant de remettre un peu de souplesse dans son alimentation.
Comment augmenter les fibres sans tomber dans le fibermaxxing?
1. Commencer par observer, pas par juger
Pendant quelques jours, regardez simplement quelles sources de fibres sont déjà présentes.
Mangez-vous des fruits? Des légumes? Des légumineuses? Du pain ou des céréales à grains entiers? Des noix ou des graines?
L’objectif n’est pas de trouver tout ce qui manque. Il est de repérer l’amélioration la plus simple.
2. Ajouter une seule habitude à la fois
Vous pourriez commencer par :
ajouter un fruit au déjeuner;
remplacer occasionnellement une partie de la viande par des lentilles;
choisir un pain à grains entiers que vous aimez;
ajouter des légumes surgelés au souper;
mettre une petite quantité de graines dans un yogourt;
ou choisir une collation contenant un fruit, des noix ou du maïs soufflé.
Après quelques jours, vous pouvez observer comment votre corps réagit avant d’ajouter autre chose.
3. Augmenter progressivement
Passer directement d’une alimentation très pauvre en fibres à un déjeuner contenant avoine, chia, lin, inuline et petits fruits risque d’être une expérience socialement… audacieuse.
Une augmentation graduelle permet au système digestif et au microbiote de s’adapter.
La progression exacte dépend de la personne. L’essentiel est de ne pas interpréter chaque ballonnement comme un échec et de ne pas continuer à augmenter malgré un inconfort important.
4. Varier les sources plutôt que maximiser un seul aliment
Manger cinq cuillères de graines de chia n’est pas nécessairement plus intéressant que de répartir différentes sources dans la semaine.
La variété peut inclure :
fruits;
légumes;
avoine;
orge;
pain de grains entiers;
riz brun;
quinoa;
lentilles;
pois chiches;
haricots;
noix;
graines;
pommes de terre avec la pelure;
et maïs soufflé.
La diversité alimentaire apporte différents types de fibres, mais aussi une plus grande variété de nutriments.
5. Tenir compte de la satisfaction
Un repas n’a pas besoin d’être celui qui contient le plus de fibres possible.
Il doit aussi être bon, rassasiant et adapté à votre journée.
Des pâtes blanches peuvent tout à fait faire partie d’une alimentation riche en fibres si elles sont accompagnées, par exemple, d’une sauce aux légumes, de lentilles ou d’une salade.
Il n’est pas nécessaire de remplacer chaque grain raffiné ni d’abandonner les aliments que vous aimez.
6. Considérer la semaine entière
Votre digestion et votre santé ne dépendent pas d’un déjeuner isolé.
Un repas pauvre en fibres n’annule pas les fruits, légumes et légumineuses consommés ailleurs dans la semaine.
Cette vision plus large permet d’éviter le réflexe de devoir « compenser » ou rattraper un nombre en fin de journée.
7. Utiliser les suppléments avec une intention précise
Un supplément peut être utile pour la constipation, le cholestérol ou lorsque les besoins sont difficiles à combler.
Mais il devrait idéalement répondre à une raison claire plutôt qu’à la peur de ne jamais en manger assez.
Le type, la dose, l’hydratation et le moment de prise peuvent devoir être adaptés, particulièrement en présence de médicaments ou d’une condition digestive.
À quoi pourrait ressembler une journée plus riche en fibres — sans calcul?
Un déjeuner pourrait contenir du gruau, un fruit et quelques noix.
Le dîner pourrait inclure une soupe aux lentilles accompagnée de pain et de crudités.
Une collation pourrait simplement être une poire, du maïs soufflé ou un yogourt garni de petits fruits.
Le souper pourrait réunir du poisson ou du tofu, du riz, des légumes et une sauce appréciée.
Aucun de ces repas n’a besoin d’être optimisé à l’extrême.
Ce sont plutôt les petites additions répétées qui font progressivement augmenter l’apport total.
Et certains jours, le déjeuner sera peut-être une rôtie blanche et le souper une pizza. Cela ne retire rien à l’intérêt des choix faits le reste du temps.
En conclusion : mangeons plus de fibres, mais abandonnons la course au maximum
Le fibermaxxing part d’une excellente constatation : la majorité des gens gagnerait à manger davantage de fibres.
Ajouter plus de légumineuses, de fruits, de légumes, de grains entiers, de noix et de graines peut soutenir la digestion, le cholestérol, la glycémie et la santé à long terme.
Mais nous n’avons pas besoin de transformer cette recommandation en nouvelle performance nutritionnelle.
Les fibres ne devraient pas devenir :
une façon de manger le moins de calories possible;
une source de culpabilité;
une compétition;
une obligation de consommer des produits enrichis;
ou une raison d’ignorer les signaux d’inconfort du corps.
La meilleure quantité n’est pas nécessairement la plus élevée que vous pouvez faire entrer dans une journée.
C’est celle qui soutient votre santé, votre digestion et votre satisfaction tout en restant réaliste dans votre quotidien.
Parce qu’une habitude réellement durable ne devrait pas seulement être excellente sur papier.
Elle devrait aussi vous permettre de vous sentir bien — physiquement et mentalement.
Vous souhaitez augmenter vos fibres sans aggraver vos symptômes digestifs?
Vous aimeriez améliorer votre digestion, votre énergie ou la qualité de votre alimentation, mais vous ne savez pas quelles fibres choisir ni comment les intégrer?
En consultation, nous pouvons travailler ensemble pour :
évaluer votre apport actuel;
augmenter les fibres progressivement;
adapter les sources à votre tolérance;
réduire les ballonnements et les inconforts;
soutenir votre santé cardiovasculaire et métabolique;
et éviter que vos objectifs nutritionnels deviennent rigides ou envahissants.
Cet article présente de l’information générale et ne remplace pas une évaluation médicale ou nutritionnelle individuelle. Consultez un professionnel de la santé en présence de symptômes digestifs persistants, de sang dans les selles, de douleurs importantes, de vomissements ou d’une perte de poids inexpliquée.
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